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Sorties en mer

Collisions entre les navires et les cétacés

collisions entre les navires et les cétacés.

Les collisions entre les navires et les cétacés évoquent aux yeux de tous les accidents entre les grands navires et les baleines. Ce qui est justifié car 70 % des collisions impactent les grands cétacés (Martinez et al.2006). Les impacts entre les grands cétacés et les navires sont la résultante de plusieurs facteurs. D’une part la vitesse et la taille des navires. En méditerranée, 62% des collisions concernent des ferries transporteurs de voitures ou de passagers et 17 % des cargos transportant des marchandises (Panigada et al., 2006). La gravité de l’impact dépend de la vitesse du navire. Celui-ci est fatal lorsque la vitesse dépasse 13 nœuds (Dolman et al.,2006). Ainsi, plus le navire se déplace vite, plus il repère tardivement les grands cétacés et plus l’impact est fort. Néanmoins les baleines sont censées repérer les changements de directions des navires sur de longues distances.

C’est notamment le cas pour la baleine à bosse, la baleine grise et la baleine boréale qui détectent les mouvements des bateaux sur plusieurs dizaines de kilomètres. Les collisions se produisent lorsque les animaux sont distraits, préoccupés par la recherche de nourriture, la sociabilisation ou l’éducation/ l’allaitement des jeunes. Les juvéniles sont également plus fréquemment victimes de collisions de par leur naïveté face aux navires. Ils passent également plus de temps en surface, nagent moins vite et ont des temps de plongée plus réduits. Le rorqual commun est l’espèce la plus touchée par les collisions. Il totalise 30% des collisions répertoriées (Dolman et al.). Ce chiffre est important et représente dans certaines régions, comme en méditerranée, le principal facteur de mortalité de cette espèce. Il explique 19 % du taux de mortalité contre 0.06% de mortalité naturelle (Pinagada et al., 2006). Sur le Gouf de Capbreton, aucune collision n’est répertoriée ce qui ne signifie pas nécessairement qu’aucune collision n’ait eu lieu. La question s’est notamment posée sur l’échouage du baleine à bosse où un hématome a été repéré sur le flanc de l’animal. Le déroulement de cet échouage n’a pas permis d’en savoir davantage sur cette ecchymose.

Sur environ 80 espèces de cétacés au niveau mondial, 25 d’entre elles sont victimes de collisions (et 35 suspectées) dont 18 espèces de petits cétacés (Van Waerebeek et al., 2007). L’impact sur les cétacés est même considéré comme équivalent à celui des captures accidentelles par les pêcheries. Pour les petits cétacés, les collisions concernent tous les types de navires : commerces, pêcheries, plaisance ,jetskis et voiliers. Les collisions entre les cétacés et les voiliers sont très peu documentées mais d’après une récente étude ( Ritter,2012), ce phénomène est en nette augmentation depuis 2002. Ce type de collision touche essentiellement les grands cétacés, les petits delphinidés ne représentant que 4% d’entre elles. Les impacts avec les petits cétacés sont très fréquents dans certaines régions du globe et en nette augmentation pendant la période estivale où le trafic maritime est intense. C’est le cas notamment chez des populations résidentes de grands dauphins dans le sud des Caraïbes où 18% des individus montrent des cicatrices (Lucksenberg, 2014). Nous pouvons légitimement nous poser la question des collisions sur le Gouf de Capbreton, sur lequel le trafic maritime est important et les cétacés parfois proches des côtes. L’effort de photo-identification est essentiel afin d’estimer le nombre d’individus présentant des cicatrices d’hélices. Les cicatrices provoquées par des hélices présentent des lacérations curvilignes parallèles (Byard et al.,2012).

collisions entre les navires et les cétacés.

Le dauphin commun juvénile observé lors de la sortie du 7 septembre 2016, présentait ce type de cicatrice. Les plaies étaient profondes ce qui laisse peu d’espoir sur ses chances de survie. Ce type de blessure est en général fatal et causé par des navires allant à grande vitesse (supérieure à 13 nœuds). Il est étonnant que cet individu ait survécu au choc. Il se peut que ses blessures cicatrisent comme ce fût le cas pour un grand dauphin juvénile observé 23 jours après une collision et pour lequel les blessures commençaient à cicatriser (Dwyer et al.,2013). Malgré la cicatrisation, l’individu ne semble pas avoir survécu. De telles plaies peuvent provoquer des infections ou dissimuler des blessures internes ainsi qu’affaiblir l’animal jusqu’à rendre impossible son alimentation. Nous avons donc peu d’espoir pour ce jeune dauphin commun, qui de plus était isolé de son groupe. Nous avons également filmé un autre dauphin commun présentant des cicatrices d’origine incertaine. Dans la littérature, seules 4 collisions ont été recensées pour les dauphins communs (Van Waerebeek et al.,2007) dont une seule sur la façade atlantique. Il est fort probable que bien d’autres collisions aient eu lieu sans qu’elles soient répertoriées car l’impact avec un petit cétacé est bien moins visible qu’avec une baleine.

Pour conclure, beaucoup de collisions pourraient être évitées en réduisant la vitesse des navires à moins de 13 nœuds dans les zones de fortes concentrations des cétacés mais aussi par une meilleure connaissance du public sur le comportement à adopter en cas de rencontre avec les cétacés. Aujourd’hui des outils permettent de repérer les grands cétacés. Il existe notamment des caméras thermiques permettant de repérer le souffle des baleines. Certains navires sont également équipés de système acoustique. Les nouvelles activités nautiques, en particulier les jetskis doivent être vigilants car leur grande vitesse et leur changement rapide de trajectoire les rend imprévisibles pour les cétacés. Plusieurs observations de dauphins ont été recensées cet été à proximité des plages et des ports basco-landais, la vigilance de chacun doit donc être accrue.

Sources

Dessin de Stephane.

Martinez et al.2006.
Emmanuelle Martinez et Karen A Stockin : Blunt Trauma Observed in a Common Dolphin Delphinus sp. Likely Caused by a Vessel Collision in the Hauraki Gulf, New Zealand (lire l'étude en ligne ou la télécharger en PDF sur télécharger en PDF).

Panigada et al., 2006.
Simone Panigada, Giovanna Pesante, Margherita Zanardelli et Mason Weinrich : Mediterranean whales at risk from fatal ship strikes (lire l'étude en ligne ou la télécharger en PDF sur télécharger en PDF).

Dolman et al.,2006.
Sarah Dolman, Vanessa Williams-Grey, Regina Asmutis-Silvia et Steve Isaac : Vessels collisions and cetaceans : what happens when they don’t miss the boat (télécharger l'étude en PDF).

Van Waerebeek et al., 2007.
Koen Van Waerebeek, Alan N. Baker, Fernando Félix et Yamin Wang : Vessel collision with small cetaceans worldwide and with large whales in the Southern Hemisphere an initial assessment (lire l'étude en ligne ou la télécharger en PDF sur télécharger en PDF).

Ritter, 2012.
Fabian Ritter : ollisions of sailing vessels with cetaceans worldwide : First insights in to a seemingly growing problem (lire l'étude en ligne ou la télécharger en PDF sur télécharger en PDF).

Lucksenberg, 2014.
Jolanda A. Luksenburg : Prevalence of External Injuries in small cetaceans in Aruban waters, southern carribean (lire l'étude en ligne ou la télécharger en PDF sur télécharger en PDF).

Byard et al., 2012.
Roger W. Byard, Aaron Machado, Lucy Woolford et Wayne Boardman : Symmetry : The key of dagnostic propeller strike injuries in sea mammals (lire l'étude en ligne ou la télécharger en PDF sur télécharger en PDF).

Dwyer et al.,2013.
SL Dwyer, L Kozmian-Ledward et KA Stockin : Short term survival of severe propeller strike and observation on wound progression in a bottlenose dolphin (télécharger l'étude en PDF).