Lettre d'info

Sorties en mer

Comportement et répertoire vocal des Globicéphales sur la côte basque

Globicéphales observés lors d'une sortie en mer d'Itsas Arima.
Globicéphales

D’après nos observations de ce mois-ci, nous pensons que les globicéphales qui fréquentent nos côtes appartiennent à un seul groupe d’au moins deux cents individus tout simplement car c’est le nombre maximal d’individus que nous ayons observés ensemble. A l’inverse, sur certaines sorties, nous avons observé plusieurs sous-pods d’une vingtaine d’individus dispersés sur tout le Gouf, le groupe s’étant probablement séparé pour chasser. Pour le moment, à l’inverse de certaines études (Weilgart et al., 1989), nous n’avons pas constaté de corrélation entre la profondeur et la taille du groupe.

Nous avons observé de grands groupes sur toutes les profondeurs, contrairement à cette étude qui constate une diminution de la taille des groupes avec la profondeur, supposant ainsi que les globicéphales se dispersent et chassent sur des zones plus profondes. Nous avons néanmoins une convergence avec cette étude : nous n’avons observé des pods dispersés que sur des grandes profondeurs. Il faut bien sûr poursuivre l’acquisition des données sur les prochaines années pour vérifier qu’une tendance se dégage. Il faut également tenir compte du facteur météorologique car les globicéphales semblent se rassembler pour des phases de repos et de sociabilisation par des vents de force 0 ou à l’inverse de force 6. Aucune tendance en ce sens ne se dégage, pour le moment, de nos données.

À chaque observation, nous avons réalisé des enregistrements acoustiques dont certains de qualité exceptionnelle avec une multitude de vocalises différentes. Les vocalises des globicéphales peuvent être divisées en 3 grandes catégories : les vocalises de fréquence constante, les sifflements qui sont des sons pour lesquels la fréquence est modulée et les sons pulsés parmi lesquels se distinguent les clics d’écholocation et les autres sons pulsés qui sont en fait des intermédiaires entre les sifflements et les clics. Ce sont des clics répétés à très grande vitesse, l’intervalle inter-clic étant inférieur à 5 micro-secondes. Parmi les sifflements, 7 types peuvent être référencés, comme explicité dans le tableau ci-dessous (Taruski et al., 1979).

Les 7 types de sifflements des Globicéphales.

Sur ce tableau on voit clairement apparaitre des sons simples avec une seule modulation de fréquence et des sons complexes constitués de nombreuses vagues fréquentielles. D’après Weilgart et al, les sons simples sont utilisés pour transmettre une seule information, à l’inverse des sons complexes généralement utilisés pendant la chasse pour transmettre plusieurs informations et assurer une meilleure coordination. Les sons simples sont beaucoup plus fréquemment utilisés notamment la catégorie S3 qui serait dominante lorsque les pods sont séparés. Cette vocalise est qualifiée d’upsweep, c'est-à-dire quelle monte en fréquence. Ce caractère fréquentiel se distingue d’avantage que les autres vocalises du bruit ambiant, c‘est pourquoi elle serait plus utilisée lorsque les groupes sont séparés.

Nous n’avons pas encore eu le temps de traiter l’ensemble de nos enregistrements mais nous allons comparer nos résultats à ces études afin de vérifier si nous obtenons les mêmes résultats, le répertoire vocal des espèces variant géographiquement. Nous allons également mettre en relation les vocalises avec les comportements observés et les conditions météorologiques. Il semblerait que certaines vocalises soient plus fréquentes lorsque le ciel est nuageux, c’est notamment le cas pour les catégories S5, S6 et S7. A l’inverse, lorsque le ciel est dégagé, une augmentation du nombre de clics et des catégories S1 et S5 seraient constatée. De même, lorsque le groupe est au repos, les sifflements S1 et S2 sont prédominants.

Le globicéphale est avec l’orque la seule espèce capable de produire des biphonations c'est-à-dire d’émettre deux fréquences fondamentales simultanément qui transparaissent sur certaines catégories de sons pulsés.

Image sans titre.

Ces sons pulsés sont complexes et peuvent être divisés selon leur complexité (nombre d’éléments et de points d’inflexion), leur durée et leur fréquence. D’après Nemiroff et al., les plus fréquents semblent être ceux constitués d’un seul élément.

Autant vous dire que nous allons traiter nos enregistrements pour les comparer à ces études. Il y a du travail pour toute l’équipe .

Pour terminer, dans le cas des globicéphales, l’acoustique est un atout pour identifier avec précision l’espèce observée. Dans notre région, depuis environ une dizaine d’années des globicéphales tropicaux sont observés en échouage. Le globicéphale noir et le tropical se distinguent uniquement par la proportion de leur nageoire pectorale par rapport à la taille totale de l’animal. Il est bien sûr impossible en mer d’identifier avec certitude l’espèce. En revanche les vocalises des 2 espèces semblent se différencier. D’après Schevill et al, les globicéphales tropicaux émettent des sifflements compris entre 0.5 et 5 kHZ et les globicéphales noirs des vocalises comprises entre 2 et 12 kHz. Nous avons de nombreux sifflement compris dans cette dernière gamme et aucun inférieur à 2 kHz. Il est donc très probable qu’il s’agisse de globicéphales noirs. Nos vidéos sous-marines permettent de mesurer la proportion de la nageoire par rapport à la taille totale de l’animal. Elles confirment également qu’il s’agit de globicéphales noirs.

En résumé, ce fut un très bon mois pour l’équipe, riche en émotion et en données scientifiques... que du bonheur. Si vous souhaitez nous aider, contribuer à nos recherches et à nos sorties, n’hésitez pas à nous contacter il nous reste de la place en juin .